Quels sont les facteurs influençant le degré de littératie en santé?

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Un des aspects importants à considérer dans la communication est le degré de littératie du public visé, c’est-à-dire son « aptitude à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante, pour atteindre des buts personnels et d'étendre ses connaissances et ses capacités. (OCDE, 2000)» Au Québec, plus de 60 % des adultes n’ont pas un degré de littératie suffisant leur permettant de prendre soin adéquatement de leur santé et ce pourcentage serait plus important chez les personnes âgées.  Plusieurs dimensions influencent la capacité des personnes à pouvoir accéder, comprendre, évaluer et communiquer de l’information relativement à leur santé. Il importe donc de tenir compte de ces facteurs lors des activités de promotion, de prévention, de dépistage ainsi que lors des soins et services offerts aux individus, aux groupes ou aux populations.  Voici ces principaux éléments :

Pourquoi ces facteurs doivent-ils être considérés?

Bien que non exhaustifs, voici quelques exemples pour illustrer les diverses dimensions ayant une influence sur la littératie en santé.

Les caractéristiques individuelles

  • L'âge et le sexe : Ces caractéristiques peuvent influencer les goûts, les intérêts et les moyens d’aller chercher de l’information chez les personnes. Par exemple, des études montrent que les filles vont davantage chercher l’information sur Internet que les garçons.
  • Origine ethnique : La culture, les valeurs, les croyances et la langue maternelle doivent être prises en considération pour s’assurer que les messages et les formats du matériel écrit rejoignent le public ciblé. Par exemple, la couleur mauve est associée à la mort chez les Cris, d’où l’importance de l’éviter dans les activités de promotion de la santé.
  • Capacités cognitives : La mémoire, le raisonnement, les capacités d’attention, etc. peuvent varier d’une personne à l’autre ainsi qu’au cours de la vie. Ces capacités influeront sur l’aisance des personnes à comprendre, à intégrer et à retenir l’information.
  • Capacités physiques : Les capacités de vision, d’audition et de parole peuvent faciliter ou limiter l’accès et la compréhension de l’information.
  • Compétences personnelles : Les compétences et les connaissances acquises par des études formelles ou des apprentissages informels vont contribuer à augmenter la capacité de littératie des personnes. Ces capacités peuvent être également renforcées par des habitudes de lectures et d’autres modalités d’apprentissage (travail, bénévolat, etc.).

Les interactions de l'individu avec les milieux de vie

  • Famille : Le niveau de littératie des parents influence le développement des compétences personnelles. Les problèmes psychosociaux, tels que la violence conjugale, la négligence, etc., peuvent entraver le développement des capacités.
  • Milieu scolaire : Le développement des compétences académiques et sociales réalisé en milieu scolaire contribue largement au développement des capacités de littératie.
  • Communauté : Les programmes d’alphabétisation, d'éducation aux adultes, d’immersion pour les personnes immigrantes peuvent renforcer la confiance et l’estime en soi et aider au développement des compétences nécessaires pour agir au regard de sa santé.
  • Milieu de travail : Les programmes d’éducation à la santé adaptés au milieu de travail enrichissent le vocabulaire de l’individu, tout en renforçant les compétences au regard de la sécurité au  travail.

Les interactions de l'individu avec le système de santé et des services sociaux

  • Temps accordé pour la consultation : Le fait de sentir que les intervenants sont pressés peut diminuer l’aisance des individus à poser des questions. De plus, si les informations sont fournies trop rapidement, il est possible que leur compréhension soit plus difficile.
  • Degré de complexité d’informations transmises ou disponibles : Les informations concernant le domaine de la santé sont complexes par elles-mêmes. En effet, les matériels écrits utilisés dans le cadre des interventions en santé comportent souvent des niveaux de littératie plus élevés de ce qui est recommandé. En plus, des études démontrent que les intervenants en santé ont tendance à surestimer les compétences des individus et que les individus cachent leurs difficultés par honte ou peur d’être stigmatisés.
  • Contexte de l’interaction : Bien que l’individu ait un bon niveau de littératie en santé, le fait de recevoir un diagnostic d’une maladie grave ou d’être en situation d’urgence risque de rendre plus difficile la compréhension des informations transmises.
  • Degré d’implication des patients dans leurs soins : Les connaissances antérieures, la connaissance des concepts, l’interaction antérieure avec le système de santé peuvent faciliter l’implication de l’individu dans ses soins et améliorer sa perception de contrôle sur son état de santé.
  • Navigation dans le système : L’utilisation du jargon ou des divers termes pour nommer les services peut entrainer de la confusion chez les personnes avec de faibles niveaux de littératie en santé. (Exemple : Un individu pourrait se sentir découragé et abandonner ses soins s’il doit avoir une radiographie, mais ne trouve pas le panneau à ce nom, sinon celui de « Rayons X ».)

Les contextes dans lesquels l'individu se situe

  • Normes sociales culturelles : Les conduites, les comportements et les jugements vont être particuliers aux groupes des individus influeront sur l’acceptation des interventions. (Ex. : Par exemple, dans les sociétés où la marche est vue comme un moyen de se déplacer pour les gens à faible revenu, il sera difficile d’en faire la promotion en lien avec de saines habitudes de vie.
  • Démographique : L’immigration ainsi que le vieillissement de la population vont influencer les besoins de la population au regard de l’accès aux services de soins de santé. Ces deux groupes de la population requerront l’adaptation de l’offre de services pour assurer une bonne compréhension de l’information. La langue maternelle a aussi une interaction importante à ce moment-là. Même si l’individu possède des compétences élevés de littératie en santé dans sa langue maternelle, ce n’est pas nécessairement le cas pour la langue d’accueil où les différences dans le système de santé et des services sociaux et le vocabulaire peuvent diminuer son niveau de littératie en santé.
  • Économique : Une bonne situation socioéconomique des parents favorise l'accès à diverses activités de développement de compétences, ce qui enrichira son niveau de littératie.
  • Normes professionnelles et organisationnelles : Certaines normes professionnelles ou organisationnelles peuvent créer un contexte moins favorable pour les personnes ayant de faibles niveaux de littératie. À titre d’exemple, les ordonnances collectives des infirmières demandent parfois, dans le cas de dépistages asymptomatiques, des entrevues ou des questionnaires assez exhaustifs. Des enjeux de littératie peuvent se présenter si le temps accordé aux infirmières par usager est trop court et que les questionnaires et entrevues ne sont pas adaptés.
  • Technologique et scientifique : L’évolution de la technologie et de la science peut entraîner des exigences de compréhension plus grandes pour les personnes. Exemple : la pompe à infusion sous-cutanée d’insuline demande à l’individu de maitriser la technique d’utilisation pour gérer son fonctionnement.
  • Politique : Depuis quelques années, des efforts pour changer les normes et adapter l’offre de services pour faire face aux enjeux de la littératie en santé de la population sont de plus en plus présents. Au Québec, des organismes gouvernementaux sont en train de sensibiliser les intervenants sur l’enjeu de la littératie en santé par l’offre de formations de développement des compétences.

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